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Vers le vide

Publié le par drink 75

 

Aujourd'hui. Hôpital saint jacques. Des fous. Des dingues. Des tarés. Des anorexiques. Des boulimiques. Des séniles. Des alzheimer. Des simples d'esprit. Mais qu'est ce que je fous la. Pas moi, pas moi, pas moi. Je n'ai pas ma place parmi les fous. Je le dis a l'infirmier, je le dis au médecin référent, je le dis au psychiatre. Je n'ai pas ma place parmi eux. Je n'ai pas ma place parmi vous, je dis au gamin obèse qui me suit partout et qui me demande tout le temps si je veux jouer au ping pong. Des histoires sordides, des histoires de filles amoureuse de leur père, des histoires de fille violées par leur père, des histoires sordides, de gamins dans la chambre est une grange, pari les animaux, parce que ce sont des batards, parce que leur mère est partie a la ville et est revenue enceinte. Des barreaux aux fenêtres des chambres pour ne pas que les histoires s'échappent, des barreaux aux fenêtres des chambres pour ne pas que les humains s'échappent, des vieilles femmes qui toute la journée traînent les pieds en parlant toute seule, toute la journée. La télévision de la chambre commune qui diffuse les programmes les plus con, l'hôpital psychiatrique est un maison de retraite pour tout âge. On doit regarder le journal télévisé du midi qui ne donne aucune nouvelle, qui parle de types qui construisent des cathédrale en allumettes ou qui brode des grains de riz, on doit subir ça comme si on était pas assez fou, on doit subir la série télévisée la plus con du monde, on doit subir ça, des personnages qui passent leur temps a s'aimer et a se séparer, des mecs qui paraissent vieux même jeune, des mecs vieux qui se croient jeune et des bonnes femmes tellement refaites que tu ne sais plus si elles sont jeunes ou vieilles, tu ne sais plus, tellement elles ne ressemblent plus a rien d'humain. Le petit gamin qui se promène avec moi, le gamin obèse, sa mère est revenue de la ville, elle a déposé le bébé sur la table de la salle a manger et puis elle est partie se pendre dans la grange. Le gamin toute son enfance avec les grands-parents fermiers, pas vraiment scolarisé, pas du tout aimé, ce grand corps qui à le même âge que moi et qui me demande si je veux être son papa. Toute la journée avec son baladeur sur la tête avec ses trois cassettes de compilation de musique de merde et qui joue au ping-pong avec son baladeur sur la tête. Elle vient me voir. Elle me dit je ne sais pas si tu me manques ou pas, c'est sans doute moi qui devrait être ici et tu sais je suis content que ce soit toi. Je ne le sais pas encore mais cette femme sera l’acmé de ce que dans l'avenir seront mes relations avec les femmes, je serais une sorte de passager de la vie des femmes mais je ne serais jamais leur amour. Elles me prendront a bord de leur voiture pour un voyage de quelques jours, de quelques semaines, de quelques mois, de quelques années même, mais je serais une présence en attendant le grand amour. Pour hell ce sera un peu différent, je crois que la grand amour lui paraissait une chose totalement incompatible avec la vie qu'elle menait, j'étais un objet de curiosité et une présence qui lui apportait un peu de sérénité ou un peu de folie je ne l'ai jamais su vraiment. Nous marchons un peu dans le parc, elle me dit que je devrais m'échapper et je lui dis qu'elle a raison, elle me dit pars de la ville, personne ne te recherchera mais j'irais ou je lui demande, j'ai 28,87 francs sur mon livret A, ou veux-tu que j'aille avec 28 francs et 86 centimes. Je veux sortir je dis au psychiatre, je sais que ce sont les flics qui m'ont amené, je sais que j'ai pété un panneau a la con, je sais que j'ai escaladé les grilles d'un putain de parc, je sais que j'ai arraché les fleurs que je voulais brouter, je sais que j'ai vomi et que je me suis endormi sur un banc, mais enfin je vais pas faire vingt ans de taule pour ça et je vais pas rester ici pour si peu. C'est l'hôpital certes mais c'est mieux que la taule. J'hésite a lui parler de cette infirmier qui m'a conseillé une secte après ma sortie, je me dis que c'est trop caricatural l'infirmier psychiatrique qui est aussi dingue que les internés. Je le revois me dire qu'ici on ne me soignera pas, je l'entends me dire qu'a ma sortie je dois rejoindre cette secte à la con, que l'on va m'aider, que je ne boirais plus, que je trouverais la sérénité dans la relaxation. Il y a une cinquième colonne dans cet hôpital j'ai envie de murmurer a l'oreille du médecin avec un air de conspirateur digne des romans d'espionnage. Je suis tombé chez les dingues je me dis mais tout le monde est dingue. J'explique au docteur que je veux bien aller dans un centre de désintoxication, un lieu avec des camés, des accros aux médicaments, des alcooliques, mais je ne veux pas rester avec des vieux, des anorexiques débiles, des boulimiques chiants et des gens qui n'ont pas la lumière a tout les étages. Je suis intelligent, je suis normal, je suis intégré dans la société, je force un peu trop sur le goulot c'est tout, c'est normal a mon âge non ?

 

 

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Lointaines addictions

Publié le par drink 75

 

La femme porte des tongs avec des chaussettes de tennis ce qui lui donne un style tout à fait étonnant. Elle me tends le sac qui contient le cadeau, me dit que je suis tellement gentil, qu'elle est revenue pour m'apporter une sculpture qu'elle a elle-même réalisée. Je sors l'objet du sac et je le regarde en me demandant ce que ça peut représenter, rien sans doute, ça doit être abstrait. Vous voyez ce que c'est me demande la femme ?  Je lis le portrait dans libé de cet acteur qui habite près de chez moi, que je rencontre régulièrement, en fait ce n'est pas trop lui que j'ai repéré, c'est sa femme, une actrice que j'avais adoré dans un des premiers films d'assayas que personne n'a vu et que personne n'a vu hormis moi. Je me souviens d'avoir pensé que c'était incroyable que toutes les idoles de ma jeunesse vivent dans le quartier. Je le trouve marrant cet acteur, il déambule, semble toujours un peu ailleurs, trimbalant son grand corps tout maigre dans le quartier. J'ai bu mes derniers verres de vin avant quelques temps a cette soirée ou tout le monde était bourré sauf moi. Ça parlait d'indépendance de la catalogne et comme souvent je ne pensais pas grand-chose du sujet, car je ne pense pas grand chose de quoi que ce soit. En plus j'aime pas l'espagne. Et puis le gars qui fume deux paquet de cigarettes depuis un truc comme 40 piges a expliqué qu'il arrêtait de fumer en mai. Pourquoi en mai j'ai demandé ? Je regarde la sculpture et je demande s'il y a un sens, parce que ça m'aiderait a comprendre ce que c'est. Je la tourne dans tout les sens, horizontalement, verticalement puis la pose a plat sur mon bureau. Avant on a parlé du treizième arrondissement, la femme m'expliquait ou elle habitait et je lui ai répondu que je connaissais bien, vu que mes grand-parents habitaient dans le coin. Et puis elle m'a dit j'ai une vue imprenable sur le cimetière. Je connais bien je dis, c'est la que sont mes parents et mes grands-parents, et une moitié de mes arrière-grands-parents. Un oncle même j'ai rajouté pour être exhaustif. Je lis dans libé le portrait de dean stanton par philippe garnier. Il n'écrit plus beaucoup dans libé philippe garnier, j'ai eu une sorte de bouffée nostalgique, j'ai vu défiler cinéma cinéma, david goodis, tout ça tout ça. Il est bien l'article, ça me ramène au los angelès des années 80, a mon connard de frère, a sa mort violente. Je relis l'article pour essayer de comprendre ce que veux dire overdoser une baignoire, et je me souviens pour ma part que c'est plutôt que c'est sur les cuvettes des chiottes qu'on sniffait des lignes. A ce moment du repas, quelqu'un raconte une histoire qui a mon avis est une légende urbaine sur un type qui fumait depuis toujours et qui est mort quelques jours après avoir arrêté. J'ai entendu exactement la même histoire avec l'alcool. Et avec la drogue. Je me dis que je vais arrêter de boire après que le gars qui doit-être un gars de ma famille répète qu'il arrête la cigarette en mai, je trouve que c'est trop long comme délai et qu'il faut trancher dans le vif. Je regarde la sculpture et puis je la tourne. La femme me dit que c'est le bon sens. J'ai un flash. Je demande le nom de l'oeuvre. Elle n'en porte pas répond elle. Je comprends tout à coup. Je comprends bien. C'est un sexe de femme. Plus tard alors que tout mes collègues défilent dans mon bureau pour admirer la foufoune en bois sur ma cheminée, ma responsable s’assied en larme tellement elle rit quelle genre de personne qui te connaît a peine peut décider de t'offrir une sculpture d'un sexe de femme me demande t'elle dans un éclair de lucidité ?

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Soupçonner la douleur

Publié le par drink 75

 

Je regarde l'affiche du film qui sort avec cette actrice avec laquelle j'ai mangé un soir, je me souviens comme elle était simple et agréable. Je n'ai plus très envie d'aller au cinéma, mais j'aimerais bien aller voir ce film, je me dis, alors qu'il est dans les 6 heures du matin en bas des escaliers de la station jourdain juste avant de déboucher sur le quai qui m'emmène vers hotel de ville. Je ne sais plus que travailler comme si le reste de ma vie sociale n'avait aucun sens. Ce qui  est sans doute le cas. J'ai croisé une fille l'autre jour, au boulot, une fille avec laquelle je couchais il y a quelques années, juste après le fantôme, une fille que j'ai quitté parce qu'il faut bien quitter les femmes un jour, ou peut-être l'inverse. Elle m'a dit qu'elle avait pleuré pour moi et que j'étais sans doute le seul gars dans ce cas la, et puis alors que je croyais qu'elle me faisait la gueule, elle m'a dit qu'elle ne voulait plus me voir juste parce qu'elle ne voulait plus souffrir. J'ai pensé la même chose. Puis j'ai transposé cela sur le silence du fantôme, comme pour y croire encore. J'avais écrit un mail au fantôme pour lui souhaiter un bon anniversaire, sur son adresse mail de son travail, pour rester discret, pour ne pas comme qui dirait empiéter sur sa vie privée. Je n'avais eu aucune réponse. Le fantôme est peut-être mort j'ai pensé, je me souviens, il y a quelques années, après qu'elle ait fait un malaise qui l'avait fait flippé, pensant qu'elle allait mourir, je me souviens, elle m'avait dit que si elle mourrait un de ses copains au courant de mon existence me délivrerait un message d'adieu de sa part. Je me demandais si c'était encore le cas. Je ne crois pas. C'est un week-end de vie et de cendre, je devrais être a rennes pour voir le reformation de marquis de sade, je devrais être parmi toi émoi, je devrais boire des verres au ty anna, et courir dans la rue de la soif comme un débile. Je me souviens a toulouse, un jour j'ai dis que je cessais de boire. Je ne sais plus trop pour quoi, sans doute un strip tease, une soirée qui avait mal tourné, le réveil dans la rue, dans un chantier, au milieu du vomi ou de je ne sais quoi. Bref, chez les bouducons j'avais décidé d'arrêter de boire. Je ressentais la même euphorie qu'aujourd'hui, a ne plus boire, cette énergie qu'on ne ressent qu'a jeun, parce que picoler siphonne ton énergie comme tu ne peux même pas l'imaginer. Je vais arrêter, une semaine ou deux, un mois odieux, je ne sais. Je m'en fous. Le fantôme ne répond plus, alors j'attends qu'il ne se passe rien. C'est tout ce qui me reste. Attendre qu'il ne se passe rien. Je suis doué pour ça. Attendre que rien ne se passe.

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Variation atone

Publié le par drink 75

 

L'enfant qui est handicapé mais dont je n'ai jamais compris le handicape me demande mon smartphone pour jouer et y installer des dizaines de jeux que je supprimerais après son départ. Sa mère m'a tricoté une écharpe. Je lui offre un des nombreux parfums que j'ai acheté aux puces de Montreuil pour presque rien. Je me souviens maintenant que  l'enfant n'est pas considéré comme handicapé, car ici on dit invalide, même si j'imagine que ça veut plus ou moins dire la même chose. Dehors il se met a tomber de la grêle. Je me suis levé vers 6 heures du matin, allumé l'aquarium, puis j'ai donné a manger aux poissons qui semblait m'attendre, pour bouffer puis digérer pépère. La vie est une espérance dont vous ne parvenez jamais a vous débarrasser. J'ouvre un peu la fenêtre, il fait déjà grand jour, l'air était suffoquant la veille, comme empreint d'une lourdeur, comme l'éradication du souffle, un air en suspension. L'orage s'est abattu dans la nuit, avant d'aller me coucher, j'ai regardé les bras des arbres se rapprocher des fenêtres de l'appartement et j'ai pensé que le lendemain il y aurait des branches dans les rues, éparses, et peut-être quelques troncs pliés. L'architecture soviétique accroissant les effets du vent, avec ses longs couloir d'air a l'aube, après la pluie et le vent, Je me rends dans la cuisine et je me prépare un café, le frigo est vide et il faudrait que j'aille faire des courses. Je me décide d'aller tout de suite au supermarché, l'avantage des pays communistes c'est que comme aux états-unis tout est ouvert tout le temps. Je quitte l'appartement, descend les 4 étages vu qu'il n'y a pas d'ascenseur comme dans beaucoup d'immeubles. Plus tard, au goûter, l'enfant est allongé par terre pour mieux jouer. La jeune fille qui mange tout le temps pour calmer les ardeurs de son corps en fusion est là aussi, avalant tout ce qui traîne.  La mère de l'enfant qui tricote se rend compte qu'elle allait a l'école avec la femme chauffeur de taxi avec laquelle j'ai sympathisé et qui est venu avec sa très jeune fille qui ressemble a une poupée. On se partage des bières tout en mangeant des gâteaux. Le lendemain j'irais manger chez les chauffeurs de taxis mari et femme, dans leur petite maison de campagne, a la sortie de la ville, puis nous irons boire une bouteille de vin les pieds dans le niemen. Quelques jours auparavant, j'ai été cueillir des mirabelles avant le repas d'anniversaire. Tout le monde me demande si je ne m'ennuie pas dans le pays du creux du monde, mais je m'ennuie tout le temps, partout, et je ne m'ennuie nulle part, jamais. Ma vie est terminé, ma vie est derrière moi, je veux maintenant vivre des choses que je n'ai jamais vécu. Je n'ai pas d’appétence pour la douleur, je crois que je suis juste le prince du rien, l’élégant du néant. C'est le début de la fin. Le meilleur des débuts. 

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Nos vies vaincues

Publié le par drink 75

 

Aujourd'hui je voulais appeler ma mère pour lui souhaiter bon anniversaire, et puis c'est un peu ballot mais je me suis souvenu qu'elle était morte et donc qu'elle ne risquait pas de répondre au téléphone. Comme début septembre avait un rapport avec le funèbre, j'avais aussi écrit un mail au fantôme quelques jours auparavant pour lui souhaiter un bon anniversaire mais bien entendu je n'avais aucune réponse. Le pathétique me sied si bien au fond, je ne suis plus le roux de secours de personne, c'est pas plus mal je pourrais me noyer seul, en toute tranquillité, dans la douceur du jour, a l'abri des sentiments. Les douleurs vacillent, un peu, un peu plus, un peu moins, un peu, toujours. C'est tout le temps pareil, non, les nuits après le jour, et le jour après la nuit, les aubes gueule de bois, et puis les journées en terre de recueillement. C'est toujours ainsi, après tout et c'est le recommencement de ce qui ne sera jamais. De ce qui ne fut pas. Ce qui n'est plus. Je bois un picon au zinc d'un rade d'alcoolique, je trinque avec le fantôme pour son anniversaire, sans doute qu'elle ne le sait pas, et elle a bien raison. J'erre dans la ville, puis je me rends compte que la nuit est terminée, que le jour m'appelle déjà. Je pense a la jeune fille qui est en train de rentrer dans un hôpital dans le pays du bout du monde. Je discute avec nièce l'américaine qui est de passage a paris avec sa copine qui vit a Londres ou qui est en vacances je ne sais plus trop, on parle de séries télévisées et je me souviens qu'une autre fille me demande quand est ce que je dors. Jamais, je me dis, jamais. Je vide ma boite aux lettres de toutes ces relances, toutes ces menaces, je les jette directement dans la poubelle verte prévue a cet effet, j'aimerais juste avoir assez d'argent pour acheter quelques livres, juste quelques livres. Je me pète la gueule dans la rue, parce que je suis totalement bourré, et un copain me dira plus tard qu'il a pensé m'emmener aux urgences. Je me remets debout, j'ai pas mal très longtemps, j'ai jamais mal très longtemps, c'est ce qui doit expliquer ma longévité crétine et ce sprint vers le néant. Je ne suis jamais a bout de souffle pour foncer vers le néant.

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Les ronds dans l'air

Publié le par drink 75

La fille me sourit. Je suis toujours un peu étonné quand une fille me sourit. Je fais partie de ce genre de personnes - et je crois qu'on est une palanquée - qui est toujours un peu étonné quand une personne s'intéresse a moi. Bref, je suis en terrasse, c'est jour de paye alors je m'offre une pinte en happy hour et puis on est venu acheter avec la fille qui fut ma colocataire un cadeau pour celle qui aura quarante ans dans quelques jours. Bref nous sirotons en terrasse, moi ma pinte, elle son coca, on attends l'autre fille qui n'en peut plus de son taff, depuis qu'elle a un nouveau chef qui exige d'être en copie de tout les mails qu'elle envoie. Je sirote, en regardant le ciel qui est devenu noir, après être passé du bleu au gris, je sirote en regardant le soleil qui devient pluie, comme si la lumière se noyait, se dissolvait, se délavait. Comme nos illusions, comme nos regards, comme les soubresauts de nos espérances. La fille se tourne vers moi, elle est assis a la table d’à coté, avec une autre jeune fille qui je pense est sa soeur, et qui est sans doute handicapée, un peu comme nous tous en fin de compte, un peu comme nous tous. La fille donc, se tourne vers moi, et me dit excuser moi, je voudrais vous demander quelque chose. Je ne comprends pas encore alors que c'est toujours la même histoire, je ne comprends pas encore, bordel, si j'avais un peu de talent, il faudrait un jour que j'arrive a écrire là-dessus. Il faudrait un jour. La fille donc me demande : Vous ne faites pas partie d'une association, celle de la rue basfroi, vous n'êtes pas le psychomotricien ? Non je réponds pas blasé avec le sourire. Vous êtes sur ? elle demande, vous n'êtes dans l'association de la rue basfroi, vous avez la même voix, c'est vraiment étonnant. Oui je sais je réponds, avec toujours mon sourire crétin que je pose du soir au matin pour ne pas trop discuter. Je suis désolé si je vous ai vexé, elle dit. Oh je réponds, primo c'est rare que je me vexe et secundo ça m'arrive tout le temps. La fille qui fut ma colocataire se bidonne et approuve. On le prends toujours pour quelqu'un d'autre, elle rigole, et ne vous inquiétez pas, il s'(en fiche un peu. Plus tard, alors que dans les toilettes du rade, la fille me fait réciter plusieurs fois une même phrase dans son enregistreur numérique pour un podcast radio qu'elle a écrit, je me demande si j'ai déjà croisé un de mes nombreux sosies. Ou alors les gens confondent tout les rouquemouttes. Je ne sais. Et puis si je suis encore rouquemoutte de peau, je suis de plus en plus une vieille blonde. De plus en plus, une fausse blonde. De moins en moins.

 

 

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Déchiqueter le réel

Publié le par drink 75

 

Nous sommes désormais des vieux, des vieux machins tout rabougris qui attendent la mort mais font comme si, bordel, je mange pas bio faut pas déconner non plus, je fais pas de sport, faut pas déconner non plus, je suis l'allégorie que je combats, ça me semble un bon début. Oué bande de cons j'aligne les longueurs dans des piscines glauques remplis de débiles en slip de bains et de vieilles en maillot une pièce mais c'est pas du sport, oué j'aligne des longueurs surveillés par un crétin assis sur une chaise qui me regarde nager avec le regard du mec qui va bientôt en finir mais c'est pas du sport. Je suis mort et je vous emmerde, je suis mort et je reviendrais vous hanter, parce que la vie ne suffira pas, parce que je suis un satané plouc si vous ne voulez pas le comprendre. Nous sommes a peine vivant, avec peine, nous sommes le néant de nos propres possibles, le négatif de l'image que nous avions en tête. C'est ça le problème maintenant, il n'y a plus de négatif, on vit numérique, on vide numérique, c'est pathétique. Je picole pour oublier vos gueules, vos corps a la con, vos expressions débiles, vos paroles inaudibles.  Je n'ai même plus besoin de picoler, c'est le chant des signes, des cygnes qui ne veulent même plus grandir, des signes qui ne veulent plus rien exprimer, des cygnes qui ne savent plus flotter.  Partir, c'est vraiment pas un putain de problème, la seule question c'est trouver la route adéquate.

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Les douleurs amphibies

Publié le par drink 75

 

Les nuits d'insomnie se succèdent a un rythme régulier. Je sèche le boulot, ce qui ne m'arrive jamais et le lendemain ma responsable vient me voir pour se quérir de mon état, je lui explique que j'ai picolé comme un trou et que j'étais juste incapable de venir. Elle se marre, elle est totalement hilare. Ce qui me conforte dans mes idées, autant ne pas tricher, je bosse plus que les autres, je suis jamais absent, du coup, je peux faire un peu ce que je veux. Encore insomnie et encore pluie. Je m'en fous, j'aime pas la chaleur, j'aime pas l'été, j'aime pas le sud, j'aime pas les bouducons dont le climat semble être la seule raison de vivre. Ma soeur me demande si je vais lui rendre son argent, fin septembre je lui dis, en sachant que ce ne sera surement pas le cas, elle fait un peu la gueule. C'est marrant comme les gens qui te disent qu'il n'y a aucun problème finissent toujours par te harceler. Je lui dirais que j'ai vendu mon appartement le jour ou je lui rendrais son putain de fric pour garnir son troisième compte d'épargne vu que les deux autres sont pleins, je suis vraiment puéril. Je vais a l'anniversaire de mon ancienne colocataire, que je n'ai plus quitté depuis qu'on a vécu ensemble. C'est fou ce que montreuil a changé en 15 ans, je me dis, comme c'est devenu une extension de paris, ce soir particulièrement ça me saute aux yeux.  C'est vachement grand la marbrerie, c'est très hype aussi, ça a ouvert il y a un an maintenant. Tout est brut, on dirait un peu le 104 en plus petit, bon en même temps tout est plus petit que le 104. Il y a un moment un peu bizarre dans cette soirée ou je parviens a me faire offrir quelques verres car parfois on a de la pitié pour le dindon de la farce, il se passe donc un truc assez curieux, je ne sais plus comment ça vient mais un moment comme on cherche une date, je dis un truc comme ça doit faire 5 ans c'est  arrivé a la période ou ma mère est morte. Là une fille avec laquelle je suis sorti assez longtemps, plusieurs mois je crois bien, voire un an ou deux pose sa main sur mon bras et me dit ta mère est morte ? Je la sens émue et du coup je me sens tout con. Je crois que c'est cette fille qui m'avait quittée en me disant toi je ne vais pas te regretter mais tes parents si. C'est vieux. Elle dit qu'elle savait que mon père était mort mais pas ma mère. Elle semble vraiment émue. Je pense a ce que disait le fantôme sur l'enterrement de ma mère, c'est la première fois que je vois des prêtres émus. Plus tard sur le quai de mairie montreuil, un punk a chien pose sa main sur une affiche et le logo de "orange" et il dit a son chien : orange mécanique, en le répétant plusieurs fois comme un mantra.  Je prends un livre dans mon sac parce que le prochain métro est dans 8 minutes. La fille parle de son père. Je me demande si c'est la réalité. Il est une heure du matin et je lis des lignes sans savoir si c'est la réalité ou la fiction. Comme si nos vies désormais, maintenant que nous basculions tranquillement vers des rives de maladie et de vieillesse n'étaient déjà plus tout a fait la réalité. Plus tout a fait la fiction.

 

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Revenir au matin

Publié le par drink 75

 

Au fond toute ma vie, j'aurais été un putain de sportif. Le drame de mon père. Je recommence a aligner les longueurs comme si je voulais mourir en bonne santé. Dans la nuit, j'ai ouvert les yeux et je n'ai pas bien vu. Je suis dans le centre sportif du creux du monde avec des posters partout, des anciennes célébrités locales qui ont représenté l'ancien pays aux jeux olympiques. Je me rends compte a quel point l'effort me rend euphorique. Comme toujours, ce fut difficile de s'y remettre, puis peu a peu l'euphorie prend corps. Je retrouve cette ivresse. Juste après la douleur, juste après que ça brûle, juste avant que les bras fassent mal, juste avant que les jambes fassent mal. Je me promène sur les immenses trottoirs de la ville, je longe les immeubles, je croise parfois quelques personnes. L'enfant me raconte une histoire incroyable pour me soutirer quelques euros, sa copine aux yeux de chiens battus me regarde comme si j'étais une sorte de vieux dieu oublié et improbable. Je bois quelques verres chez la femme que j'ai aidé a belleville-ménilmontant, je croise l'homme chez qui je mangeais tout le temps, je discute avec le fou au chapeau, je ne dis a personne que je vais partir. Je ne dis rien a personne. Je traîne ma vieille carcasse dans des illusions qui  ne viendront jamais, je suis dans l'usure de mon propre moi. C'est mon côté petit malin. Je n'ai tellement plus rien a faire, tellement plus d'argent, tellement plus de vie, que je m'inscris a tout au boulot, je vais bosser six jours sur sept, et dix heures par jour, ça m'occupera. La tristesse de la vie du gars. Curieusement je ressens cette euphorie, celle de quand la vie va changer, parce qu'on va tout abandonner, parce que l'inconnu cette chose qu'on perd en vieillissant, revient a la charge. La vie est un carnage dont nous ne sommes que les spectateurs un peu éteints. Mais je vais aller danser un dernier pogo. Juste pour les quelques bleus sur le corps qui me rendent encore vaguement vivant. Un dernier pogo.

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Orage sans désespoir

Publié le par drink 75

 

Il se met a pleuvoir alors que nous traversons la ville. nous sommes debout dans le minuscule bus qui doit pouvoir contenir une vingtaine de personnes assises, et une dizaines debout. Nous sommes 40 a ne pas avoir posé notre cul sur un siège. Nous revenons de la campagne ou nous avons ramassé des fruits, des légumes. J'ai découvert la cueillette du brocolis. Et puis j'ai fais le malin pour le ramassage des betteraves qui cassent le dos. Ce pays est un moulin a nostalgie. C'est un truc d'alcoolique ça. Vivre dans une sorte de brouillard incandescent, une espèce de mémoire qui ne peut s'évaporer. ça me rappelle une carte postale que m'avait envoyé la fille de la réunion, peut-on être nostalgie d'un truc qui n'est pas arrivé ? Le chien semble moins hystérique a mon égard. On déboule dans le village un peu après le matin et on se met tout de suite a travailler. Les vieux ont une technique infaillible, ils invitent tout le monde et tout le monde turbine pendant quelques heures pour ramasser tout ce qui traîne, tuer quelques poulets, réparer la baraque. Et après tu as un putain de festin que tu as ramené Je ramasse quelques tonnes de mirabelles, je crois que la grand-mère me déteste, mais comme je suis totalement parano, je peux me tromper, si ça se trouve elle m'adore. Il se met a pleuvoir de plus en plus sur le plafond du petit bus, après un arrêt ou un paquet de monde descend,  la fille qui a le charisme d'une chambre a air me propose de m'asseoir près d'elle, et je dis non ça va, t'inquiète je reste debout, et une femme aux cheveux courts qui est d'une beauté a couper le souffle me regarde avec un air rieur. Mon accent sans doute. On passe a table, j'ai ramené le dessert, du vin, les autres ont fait le barbecue, il y a comme toujours ici a manger pour un régiment de cavalerie comme dirait feu ma sainte mère, les femmes trinquent au vin blanc, et alors que je veux y participer, la grand-mère m'impose de boire le cognac local. Le grand-père qui n'a jamais le droit de boire, sauf en ma présence, en profite, et je crois qu'il m'adore juste pour cette putain de raison, il peut boire quand je suis la. Les anniversaires ici, c'est toujours un peu particulier, chaque personne doit prononcer une sorte de discours, ou il glorifie la personne en question. Quand c'est mon tour tout le monde est sous la table, avec mon accent et vu mon talent pour les langues étrangères, tout le monde est explosé de rire. Une pluie succède a un soleil de plomb, ou l'inverse, je ne sais plus tellement je suis bourré, la grand-mère me dit de boire encore et encore du cognac, sans que je sache si c'est pour éviter que son mari puisse boire. Je regarde la statue de lénine, que nous dépassons, je regarde la statue de lénine, et je sais que c'est mon pays ici, même si je ne suis pas a la hauteur, même si je suis trop vieux, beaucoup trop vieux d'un siècle ou deux. Je suis a l'arrêt de bus, et je me range parce que je suis un type qui n'est pas particulièrement courageux. Car je suis un type qui n'est pas particulièrement. Non rien. Pas particulièrement rien du tout.

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